Le courrier de GD: Haiti, l'Etat et l’alcool

Haïti n'existe pas...
Petites illustrations.
En 2011 j'avais 33 ans. Je suis dans le bar d'un hôtel de Saint-Paul, la ville jumelle de #Minneapolis, dans le #Minnesota, État du "midwest" des États-Unis. Je commande un #Vodka avec du jus d'ananas. La serveuse qui est à la fois celle qui prépare les boissons pour la vingtaine de clients présents, la caissière et celle qui passe la serpillère quand il le faut, me demande " please your ID sir", votre pièce d'identité svp Monsieur? Je n'exagère pas si vous dis que suis l'ainé de cette jeune fille d'au moins 8 ans. J'avais 33 ans je vous rappelle. Je lui ai répété plus de deux fois "I'm 33 and I'm sure that I'm really older than you". Elle ne se laisse point intimider: "Your ID sir". Je sors mon permis. Elle l'examine avec soin. "Thank you sir". Et j'ai eu mon vodka.

J'avais 33 ans. Mais le visage faisait peut être moins que vingt et un an. Je suis certain qu'elle savait que j'avais l'âge m'autorisant à consommer de l'alcool. Mais elle ne voulait pas prendre de risque. Risque de se faire arrêter pour avoir servi de l'alcool à un mineur. Risque pour l'hôtel de perdre sa licence lui permettant de vendre de l'alcool. Car aux États-Unis pour acheter de l'alcool il faut avoir 21 ans. Accomplis. C'est la règle. Et même s'il n'y pas de représentant de la loi présente, les acteurs civils veillent au respect de ce principe.
En décembre 2012 j'étais au #PlanetHollywood dans le #Strip sur #LasVegasBoulvard, à Las Vegas. J'étais avec Carla Léonard et la #MissAnayizZ2011 qui avait 20 ans à l'époque et la première dauphine. Nous sommes venus assister à la finale de #MissUniverse. Après la cérémonie nous nous sommes rendus dans l'un des bars du gigantesque hôtel. Il y avait des centaines de clients dans les alentours. Les filles ont pris place assez loin du bar. Je commande quatre vodkas. Le barman me demande de voir les trois autres personnes qui sont avec moi. Je devine tout de suite la suite. Je me ravisai. Je réduis ma commande à deux, car la première dauphine avait son passeport sur elle et était âgée de plus de 21 ans.
Je n'ai pas été servi. Puisque les deux autres filles n'avaient pas 21 ans, le barman n'avait aucune garantie qu'elles ne toucheraient pas à mon verre. Aucun risque. Pas d'alcool pour les moins de 21 ans. Même à Las Vegas, surnommée "Sin City", "La ville du péché".
En décembre 2014, je suis dans un bar à l'aéroport #JFK, à New York. Je ne prends pas d'alcool. Car je suis un régime d'amaigrissement. Voeux pieux. Je suis rejoins par deux Dominicains. Je leur fais de la place. Car le terminal était bourré de voyageurs. Ils sont reconnaissants. Ils m'offrent une bière. Avec insistance. Comme je n'ai pas assez d'espagnol pour leur expliquer que je suivais un régime et tout en évitant de les offenser, j'accepte leur marque d'amabilité et de générosité. Une place se libère dans le bar. Il y a de la place pour recharger son ordi et attendre paisiblement le vol qui ne sera prêt à partir que dans 3 heures. Une jeune fille s'amène. Tout de suite la serveuse lui demande sa pièce d'identité. Elle n'a pas 21 ans. Elle assure la serveuse qu'elle ne commandera pas d'alcool. Cette dernière lui demande gentiment de quitter le bar. "Même si vous ne commandez, étant donné que vous avez moins de 21 ans, vous ne pouvez pas rester là. C'est la règle". Elle repartit bredouille. Son ordi en main. Et nul part pour le recharger.
On est le samedi 10 juin 2017. La voiture de Carla Léonard a un souci à Delmas 75 devant une grande école de bonne réputation et chrétienne de surcroit. Le mécano qui nous aide tarde à lever la panne. J'ai le temps de cerner tous les éléments de l'environnement de l'école. La marchande de "#Fresco" qui se fait de bonnes affaires avec cette chaleur. La marchande de pistaches grillées qui termine bientôt son "laye"... Mais juste en face, exactement en face de la barrière, un gros parasol portant le logo d'une compagnie de téléphonie de la place protège difficilement deux gamins et leur glacière de l'accablant soleil de la mi-journée. Le premier est âgé de 10 ans. Tout au plus. Le deuxième n'a pas 16 ans. J'en suis certain. Ils vendent des sodas. Les élèves de cette institution scolaire représentent leur grosse clientèle. Ces derniers qui viennent aux cours du samedi ou aux activités sportives passent effectivement voir les petits marchands de boissons gazeuses avant de pénétrer l'enceinte ou quand ils en ressortent. Chaleur oblige! Les sodas partent comme de petits pains chauds. Enfin, c'est ce que je croyais, avant de remarquer que la glacière était recouverte d'images d'une bière locale. "Vous avez de la bière bien fraiche dans votre glacière leur demandai-je?"
"Celles que nous avons là ne sont pas très fraiches, mais on va nous en apporter tout à l'heure", me répond l'enfant de 10 ans.
À une dizaine de mètres de là, une unité d'un des corps spécialisés de la Police nationale d'Haïti (#PNH)viennent de prendre du service. Les motocyclistes sont leurs cibles privilégiés. Tout le monde passe au contrôle.
Le directeur de l'école vient de passer dans lune de ses voitures. Il rentre sur la cour de l'école. Il est souriant. Tout est normal.
Il y a une glacière recouverte de pub de bière devant une école. Personne ne remarque cela.
Dans cette glacière il y a de l'alcool disponible.
Cela n'alarme personne.
Les écoliers de cette école viennent acheter des boissons de cette glacière. Les responsables de l'école ne sont même pas inquiets.
Ce petit commerce de boissons gazeuses et de bière est tenu par deux mineurs, dont l'un n'a pas plus de dix ans.
C'est chose normale.
Des voitures portant l'inscription de la PNH passe toutes les demi heures par cette rue, car à trois minutes de là se trouve un bureau administratif de la police nationale.
Dans quel pays digne de ce nom avec un État qui veille à la reproduction et à la perpétuation de la société est-il admissible que de l'alcool soit vendu par des mineurs devant une école fréquentée des mineurs?
Vous me dites qu'Haïti existe?
Gaspard Dorélien
17 juin 2017

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