La Jeunesse à la parole avec FOKAL

La Fondation Connaissance et Liberté (FOKAL) vient de réaliser un ambitieux projet, appelé « 400 voix de la jeunesse haïtienne », qui eut son aboutissement, avec la publication du livre « Paroles de Jeunes », en décembre 2015. L’objectif de ce projet a été de dégager les principaux obstacles et les opportunités à un engagement des jeunes à leur intégration effective dans le développement d’Haïti. Mais c’est aussi pour faire connaitre à la population en général les griefs, les préoccupations, les aspirations, bref les réflexions des jeunes haïtiennes et haïtiens vivant dans le pays.

À terme, le but de ce projet est de susciter un mouvement d’initiatives durables (un observatoire de la jeunesse, des lois sur mesure pour les jeunes, des mesures incitatives à l’emploi des jeunes…), des acteurs publics et privés des secteurs-clés de la vie nationale au bénéfice de l’intégration des jeunes dans la société.
Les consultations — Jèn yo pran pale !
L’équipe du projet à FOKAL a conduit, de mai à juillet 2014, des consultations nationales auprès de 450 jeunes filles et garçons, vivant dans 14 communautés de 6 départements du pays (Nord, Artibonite, Ouest, Sud, Sud-Est, Grand-Anse). Ils ont été sollicités pour exprimer leurs opinions sur des préoccupations majeures du pays et proposer des pistes de solution à des problèmes qui affectent leur vie.
Onze (11) consultations ont été conduites au total dans 14 communautés touchées. Ces localités sont par choix des zones d’implantation des clubs de débat de FOKAL : Cap-Haïtien, Gros morne, Fond Parisien, Darbonne, Jacmel, Cayes, Camp-Perrin, Jérémie, Port-au-Prince (Santo, Christ-Roi, Centre-ville, Martissant, Diquini, Cote-Plage). Des jeunes de 2 communautés contigües ont parfois été regroupées ensemble, comme Cayes et Camp-Perrin dans le Sud, ou Fond Parisien et Santo dans l’Ouest.
La majorité des participants sont des filles (52 %), ont entre 18 et 21 ans (44 %), sont au secondaire donc pas professionnellement actifs (85 %), se revendiquent d’une religion (82 %), et considèrent vivre dans une ville moyenne (62 %). L’échantillon des jeunes choisis pour les consultations se veut représentatif de la jeunesse haïtienne de 2014 autant que possible. Les consultations ont été menées en créole et en français, les participants étant libres de s’exprimer dans la langue souhaitée.
La Démarche — Anpil pawòl pale !
Chaque consultation a duré environ six heures de temps et a mobilisé environ une quarantaine de jeunes. Certaines séances dépassent les 40 participants tant les jeunes avaient l’envie et l’enthousiasme d’y participer. Les consultations ont porté sur des thématiques différentes : État de droit et démocratie ; économie et développement ; égalité homme/femme et différences ; identité et culture ; jeunesse et loisirs ; bien-être et solidarité.
Chacune des thématiques est déclinée en deux et trois problématiques distinctes sur lesquelles ont porté réellement les réflexions et les propositions des jeunes. Par exemple, la thématique « Identité et culture » inclut les questions de bilinguisme, de religion, de patrimoine culturel et de valorisation artistique en Haïti. La thématique « État de droit et démocratie » traite de la citoyenneté, du rôle de l’État, des ONG et de la société civile dans une démocratie en construction, de l’indépendance de la justice…
Une fiche d’information* sur chaque problématique avec un résumé des grands axes (définitions, historique, cadre légal, défis et perspectives) et des repères bibliographiques a été élaborée de façon objective par l’équipe en charge du projet. Ensuite, chaque groupe consulté reçoit deux à trois semaines à l’avance une fiche correspondant à la thématique qu’il est prévu de traiter. Les animateurs des clubs de débat qui préparent la consultation dans leur communauté se chargent de la distribuer à chaque jeune de son groupe afin qu’il lise le document au préalable.
Les consultations ont été conçues autour d’une approche participative et inclusive de sorte que chaque participant(e) soit capable et libre d’exprimer son opinion, et aussi de jouer un rôle actif dans les discussions. La prise en compte des opinions de tous les participants a alimenté une prise de parole individuelle, tandis que des travaux en groupe ont permis une réflexion collective sur une question ou un problème précis. Notre philosophie de travail s’est reposée sur trois principes : le respect des opinions de chacun, la mixité filles/garçons, la neutralité des animateurs dans les discussions entre les jeunes.
Durant ces trois mois de consultations, l’équipe du projet (6 membres) a amassé une masse imposante de paroles libres et ouvertes des jeunes rencontrés. Les données brutes recueillies sur papier et sur enregistreur vocal ont été compilées et sont en train d’être analysées par l’équipe en charge du projet à FOKAL. Les idées partagées durant les consultations, les questionnements soulevés et les propositions soumises par les jeunes feront l’objet d’une synthèse avec le souci d’être le plus fidèle possible de la parole de jeunes.
La publication en décembre 2015 de cet ouvrage est une caisse de résonnance des paroles des 400 jeunes haïtiennes et haïtiens du territoire national ayant participé aux consultations, et qui n’expriment qu’une envie : se faire entendre !
 « Parole de Jeunes » – Pare nou pou n tande !
L’ouvrage illustré de 159 pages est divisé en 7 chapitres, auxquels s’ajoutent une section « Repères bibliographiques » et des annexes qui regroupent les outils de la consultation.
Le premier est consacré au contexte du livre, autrement dit aux raisons d’être du projet par la présidente de FOKAL, Michèle D. Le second s’intéresse à la vision collective des jeunes consultés, sur la société haïtienne, selon 11 principes fondamentaux : accès à l’éducation pour tous et la qualité de l’éducation, égalité et justice sociale, respect des droits humains fondamentaux, etc. Le chapitre 3 traite des réflexions, des propositions des jeunes sur l’État de droit et la démocratie. Dans le chapitre 4, les jeunes parlent d’économie et de développement, de leurs préoccupations à propos des conditions de vie, de l’habitat et du transport, des problèmes liés à l’emploi, à la formation professionnelle et à l’entrepreneuriat.
Le chapitre 5 concerne leurs frustrations face aux questions d’égalité et de différence entre les individus, autrement dit aux problèmes des discriminations et des préjugés tenaces dans la société haïtienne, des questions liées à l’égalité des sexes, aux libertés, droits et santé sexuels. Dans le chapitre 6, les jeunes réfléchissent à la thématique « Identité et culture ». Ils ont abordé le sujet de la culture en Haïti, les enjeux du bilinguisme haïtien, le problème des religions dans un contexte d’État fragile, la question des loisirs et de la vie associative pour la jeunesse dans ce pays. Le dernier chapitre analyse de manière globale les discours des jeunes sur ces différentes thématiques et problématiques traitées par les 450 jeunes consultés et aborde les perspectives pour les décideurs de s’approprier ces paroles de jeunes et d’utiliser le livre.
 
Jean-Gérard Anis
Coordonnateur du Programme Initiative Jeunes
FOKAL – Open Society Foundations Haiti

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