END OF THE GAME ?

Le 7 février, c’est dans quelques jours. Les génies qui ont pondu ces amendements à la Constitution de 1987 n’ont tout simplement pas prévu  des cas de figure qu’en bonne logique on devrait prendre en compte. Les autres malins de tous bords qui sont en train de jouer pour arriver à s’emparer à tout prix du pouvoir déploient des trésors d’intelligence pour faire avancer leurs pions, pour faire triompher leur stratégie. La virtuosité dans l’absurde dans ce jeu est dans tous les camps. On profite même des réseaux sociaux et des moyens que la technologie permet pour fabriquer des informations et même pour créer des personnages qui en critiquent d’autres. Sur les ondes de station de radio en particulier,  mais aussi dans la presse écrite, on avance ces arguments en faisant référence à des textes de loi. Certains démontrent une érudition à nulle autre pareille. L’émotion est avec cela au rendez-vous comme chez ces acteurs qui interprètent si bien un rôle qu’ils sont sur le moment convaincus de leurs mensonges, de leur propre jeu.


L’énergie que prouvent ces acteurs dans cette lutte, les uns pour imposer leur continuité et les autres pour ouvrir le jeu certainement pour d’autres empoignades aussi féroces, ne peut laisser que pantois l’observateur le plus perspicace de la vie politique haïtienne.  Le jeu a gagné en intensité avec l’appel à l’aide du président Martelly à l’organisation hémisphérique, qui si elle n’a pas grand-chose à son actif sur le continent  semble avoir une botte secrète pour mettre à la raison la folie  politique en Haïti même dans ses crises les plus aigües. Mais le hic maintenant, c’est que la plupart des acteurs font grise mine aux envoyés de l’OEA arguant que celle-ci aurait aux dernières élections falsifié les résultats. L’OEA aurait imposé des décisions constamment préjudiciables au peuple haïtien. La fièvre nationaliste monte. C’est aux Haïtiens et à eux seuls  que revient le droit de trouver une solution à cette crise qui secoue le pays depuis quelques mois.  Sauf que, jusqu’à date, nous n’avons jamais prouvé la moindre compétence pour dénouer une quelconque crise au bénéfice de la nation.  Nous nous comportons comme dans ce film « La chute du faucon noir » où un de chef de guerre somalien qui,dans une posture  pseudo nationaliste, fait comprendre à un militaire américain qu’il ne peut y avoir de paix que par l’élimination pure et simple de l’ennemi.


L’opinion de la majorité des citoyens devant le spectacle auquel se livrent politiciens et même analystes politiques et souvent les journalistes eux-mêmes c’est que rien de bon ne sortira de ce galimatias où on a l’impression que deux coquins jouent aux cartes, décidés à gagner à tout prix sur un navire qui est en train de couler sans qu’ils s'en rendent  compte. Dans cette débauche hallucinante d’énergie, tous les problèmes du pays sont ignorés à commencer par notre économie qui donne plus que de graves inquiétudes avec la gourde qui atteint des sommets  et qui ne semble pas vouloir arrêter de perdre de la valeur. Aucun projet n’est débattu sur la place publique. Ce sont des aveugles qui se battent à mort pour un trésor inexistant comme dans le célèbre roman l’Aveuglement du romancier portugais Jose Saramago.


Un directeur d’une grande école secondaire nous confiait, les larmes presque aux yeux, qu’il était ahuri devant le spectacle pitoyable que donnaient ses anciens élèves sur la scène politique. « Pourtant ils avaient de bonnes notes en classe ! »  disait-il. Y a-t-il quelque chose qui cloche dans notre société, dans ce système éducatif déjà bancal dont certains pourtant s’enorgueillissent ? Pourquoi refusons-nous  de questionner les raisons de ces crises à répétition où l’on joue constamment le même jeu comme si une pulsion de mort nous poussait vers le précipice ?


End on the game ce 7 février ?  Pas si certain.

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